Session de formation en Terre Sainte sur les racines juives du christianisme

Du 19 au 27 mai 2013 la communauté de l’Emmanuel a organisé une session de formation sur les racines juives du christianisme qui s’est tenue à Tibériade puis à Jérusalem. En dépit d’une publicité minimale, il s’est avéré nécessaire de se limiter à 35 participants environ compte tenu des capacités de l’Oasis, la maison  d’accueil et de formation de la Communauté de l’Emmanuel à Tibériade ainsi que de celles de la maison des sœurs Brigittines du Mont des Oliviers.

 La formation s’est déroulée suivant deux modes distincts et complémentaires. Une demie journée était consacrée à 3  heures d’enseignement. Pendant l’autre partie de la journée ces cours étaient illustrés et prolongés par des visites en lien avec le thème de la session ou des rencontres avec diverses personnalités juives ou chrétiennes.

 Le programme a été établi en lien avec l’Institut Albert Decourtray de Jérusalem (Institut Chrétien d’Études Juives et de Littérature Hébraïque, http://www.institut-etudes-juives.net).

Les thèmes suivants ont été abordés : l’élection d’Israël, le Mystère d’Israël et de l’Église, les relations judéo-chrétiennes de l’Antiquité à aujourd’hui, le renouveau théologique catholique sur ces questions depuis le Concile Vatican II, la tradition juive et le Nouveau Testament, le messianisme dans l’Ancien Testament et l’accomplissement des Écritures, la kabbale, l’exégèse juive médiévale, l’histoire ancienne et contemporaine du judaïsme, le Shabbat, les fêtes juives, la prière juive et la prière synagogale. Les cours ont été donnés par les Pères Jean-Rodolphe KARS, Michel REMAUD, Francis KOHN et Rafic NAHRA, ainsi que par Éliane KETTERER, le Rabbin Alain MICHEL et Éliézer SCHILT. Les participants ont pu dialoguer avec Mgr MARCUZZO (évêque auxiliaire pour Israël du Patriarche latin de Jérusalem), le P. David NEUHAUS (Vicaire du Patriarcat latin chargé des catholiques d’expression hébraïque), des Juifs messianiques et les membres de la communauté chrétienne d’expression hébraïque de Jérusalem. Le programme incluait enfin, les visites de la ville juive antique de Tibériade et de la ville de Safed, des sites archéologiques de Sepphoris et de Bet-Shéarim et de plusieurs synagogues sépharades dans la partie juive de la vielle ville de Jérusalem.

 Une formation sur les racines juives du christianisme présente en fait deux facettes. Il s’est agi tout d’abord de fournir une information sur ce qu’est le monde juif dans son histoire, sa prière et sa lecture des Écritures, sa culture enfin, sujets qui ne sont probablement pas très bien connus de la majorité des chrétiens, même des plus pratiquants d’entre eux. Pour ne donner qu’un exemple on a apprécié la mise en perspective historique de la distinction entre des adjectifs tels que hébreux, juifs, israélites et sionistes.

 Sur cette base, en convoquant l’histoire et en s’appuyant sur la Bible et le magistère, on a pu analyser brièvement mais en profondeur les rapports entre judaïsme et christianisme. Pour nos frères juifs même les plus loyalement ouverts à un dialogue constructif, comme ceux que nous avons rencontré, transparaît immédiatement une immense blessure vis-à-vis des chrétiens. L’expulsion d’Espagne de 1492 en est la figure emblématique. Comme souvent une analyse historique complète décrirait un paysage de relations qui serait nuancé. On a cité par exemple saint Bernard qui tenait que molester les juifs c’est toucher à la prunelle de l’œil de Jésus car ils sont ses os et sa chair. Mais il demeure que la pratique notamment liturgique de l’Église catholique a souvent prêté le flanc à une critique justifiée d’antijudaïsme, attitude lui échappant parfois en se sécularisant sous forme d’antisémitisme. On a pu à ce propos mesurer combien les gestes et paroles des deux papes qui ont précédé le pape François ont ouvert les cœurs, même si beaucoup de chemin reste à parcourir. Les diverses rencontres programmées ou fortuites, les visites, la prière au Mur occidental du Temple, les nombreuses discussions ont permis aux participants non impliqués auparavant dans le dialogue judéo-chrétien, de rendre plus concrète cette relation particulière qui lie juifs et chrétiens.

 Dans le domaine de la théologie, l’analyse approfondie qui a été faite de l’Épître aux Romains (chapitres 9 à 11) ainsi que l’étude du document conciliaire « Nostra aetate » (paragraphe 4) et de ses reprises et développements par Jean-Paul II et Benoît XVI, a mis en pleine lumière la condamnation explicite de la théologie du rejet et de la substitution. Non, Dieu n’a pas renié son Alliance avec le peuple juif car Il est fidèle à ses promesses. La nouvelle Alliance s’appuie sur l’ancienne qui subsiste, comme un arbre sur ses racines. Bien plus, eschatologiquement elle est en attente d’une convergence avec son aînée. Bien entendu, ceci ne gomme pas les différences actuelles. Les chrétiens professent en effet que la nouvelle Alliance complète et accomplit l’ancienne ce qui, bien entendu, n’est pas recevable pour un juif. Ainsi que le faisait remarquer avec humour un intervenant juif, le chrétien attend le retour du Christ, le juif sa venue : quand le juif reconnaîtra que le Messie attendu est bien arrivé, il verra bien si c’est le même que celui des chrétiens… Un autre ajoutait qu’il ne manquerait pas de lui demander s’il avait déjà visité Jérusalem…

 Dans ce contexte la rencontre avec des juifs messianiques, confessant que Jésus est bien le Messie que le peuple juif attend, a été particulièrement émouvante. En face de tels témoignages patents d’une impressionnante effusion de l’Esprit, on se sentait à la fois reporté aux premiers temps de l’Église à Jérusalem et mystérieusement projeté en anticipation de la joie d’une « greffe des branches naturelles sur leur propre olivier » (Rom. 11 24).

 La pleine réussite d’une telle session n’aurait pas été atteinte sans le fort investissement de nos frères et sœurs de communauté de France (les pères Francis Kohn et Jean-Rodolphe Kars), de Jérusalem (notamment Éliane Ketterer, Cécile de Nadaillac et Catherine Jacquemot) et de la maison de Tibériade. Le soutien apporté tant au plan des cours que des rencontres des membres de l’Institut Albert Decourtray a été également tout à fait décisif. Tous les participants leurs sont profondément reconnaissants pour tout ce qu’ils ont rendu possible.

 La Maison de la Communauté de Tibériade a pour vocation l’accueil mais aussi la formation. Cette session en est une première concrétisation dont les fruits ont dépassé les promesses et qui en appelle clairement d’autres, en lien notamment avec l’Institut Universitaire Pierre Goursat.

 Philippe Quentin

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