Le concept de « gender », Paris, septembre 2011

par Dominique David

Au moment où se développe dans la sphère médiatico-politique une découverte abrupte et polémique des théories du genre, Fidesco et l’IUPG ont rassemblé à Paris le 24 septembre plus de cent responsables de la Communauté et de ses branches apostoliques pour une journée de formation. Une palette pluridisciplinaire d’intervenants ayant travaillé ces questions depuis longtemps déjà ont éclairé les participants et leur ont permis de situer la question dans un cadre philosophique et surtout épistémologique d’ensemble. Chacun a pu enrichir sa propre connaissance dans une perspective élargie scientifiquement et philosophiquement solide, empreinte de vérité et de miséricorde.

Chacun des trois moments de la journée s’articulait autour de la confrontation de deux points de vue universitaires suivis d’un débat autour des nombreuses questions de la salle.

La démarche s’attachait à donner les clés des origines philosophiques et des défis anthropologiques des approches du « genre » puis à les confronter avec la foi et l’anthropologie chrétienne. Il s’agissait pour les responsables présents de savoir se situer et de savoir comment réagir ou même évangéliser à travers les questions réelles qui sont posées. Il s’agissait aussi de faire la part des choses entre les analyses de genre et la théorie du genre, souvent associée, en identifiant ses fondements philosophiques.

Michel Boyancé, Directeur de l’IPC et président de l’ICH, autour de l’ouvrage « Masculin, Féminin »[1] a situé la question sur le plan de l’anthropologie fondamentale. Il s’est placé délibérément en dehors du champ théologique comme en dehors du champ de la militance. Il a éclairé chacun des champs disciplinaires concernés, médecine, linguistique, droit, sciences humaines et sociales, et a montré comment la confusion des champs est un obstacle à la compréhension des choses.

Joyce Martin, Docteur en littérature, a situé les analyses de genre au cœur des études culturelles et identitaires dans la littérature anglophone ainsi que dans les « trauma studies » et l’attitude face à la souffrance.

Le débat qui a suivi a redit la mise en ordre nécessaire que permet la philosophie dans la confusion des champs disciplinaires. Il a souligné l’intérêt de respecter l’expérience de la nature des choses et de la personne dans sa réalité objective pour pouvoir appréhender les analyses de genre.

Mgr Tony Anatrella, spécialiste en psychiatrie sociale et psychanalyste, consulteur du conseil Pontifical pour la famille et du conseil Pontifical pour la santé, a détaillé un point de vue anthropologique, tout en situant analyses et théorie du genre comme un produit des sciences humaines. A la lumière de son expérience large et variée, avec un panorama des idées du vingtième siècle, de Levi Strauss et ses « droits du vivant » à Marcuse, Reich et Judith Butler, il a conclu sur les confusions courantes entre identité sexuelle, rôle social et orientation sexuelle.

Mgr Pascal Ide, de la congrégation pour l’éducation Catholique, et membre du conseil scientifique de l’IUPG, a réfléchi sur les attitudes possibles dans les débats sur le « Gender » pour être capable d’y chercher la part de vérité et de pouvoir l’intégrer, évitant rejet et exclusion. Il a choisi une perspective historique pour redonner l’espérance et permettre la nécessaire synthèse entre nature et liberté.

Enfin, le Père Olivier Bonnewijn, docteur en théologie et professeur à l’IET de Bruxelles, interroge le « Gender » sur cinq points : le langage, le corps et la chair, la sexualité, la famille et la maternité, l’histoire. Revenant à Nietzsche et à sa volonté de repenser l’identité en dehors de toute substance, et replaçant le « Gender » comme « performance » plutôt que « identité », il a conclu sur la dialectique du masque et du visage, commune à tout être humain.

Pierre Yves Gomez, professeur à l’école de Management de Lyon, également membre du conseil scientifique de l’IUPG, a cherché quel crédit scientifique accorder à la théorie du genre, en la distinguant d’un néo féminisme. Il nous a invités à distinguer les « gender studies », utiles pour comprendre comment se construisent les représentations des comportements sexuels et la « théorie du genre » visant à l’auto assignation du sexe, qui est une théorie du changement social. Il a également rappelé comment une exigence initiale de justice peut conduire à la négation de la justice.

Le débat qui a suivi fut riche : notons simplement l’évocation du paradigme du nomade, associé à la critique radicale de toute forme d’identité.

La table ronde a ensuite évoqué de nombreux points. Retenons le lien entre personne, mariage et famille, le fait que la notion de nature ne se réduise pas au corps, les différences entre générations et entre sexes comme fondatrices des sociétés, les injustices faites aux femmes, l’importance de la famille, les nuages de confusion à dissiper autour de la « théorie du genre »,et la part d’ineffable de ce qui définit masculin et féminin.

La publication des actes de cette rencontre permettra d’en élargir l’audience pour une réflexion collective et constructive, telle qu’elle a été amorcée magistralement au cours de cette passionnante journée.

Les actes ont été publiés: http://www.librairie-emmanuel.fr/A-101597-gender-qui-es-tu.aspx


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